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DOSSIER HORMONES

Par Micheline O’Shaughnessy, B.A. — Publié dans le journal l’Émeraude, numéro de fév.-mars 2002

 

Les hormones naturelles : sont-elles vraiment « naturelles » .... et sont-elles légales au Canada?

    J’ai entamé la discussion sur la définition de «naturel» et de «synthétique» dans le numéro précédent de l’Émeraude (Les hormones naturelles: ce qu’il faut savoir pour bien gérer sa ménopause). Cette deuxième partie élabore sur ce thème et celui de la légalité de ces produits sous forme de réponse à un article de Jacques-A. Pelland, n.d., intitulé « L’igname sauvage de Born Again et la progestérone ». Bien des femmes me posent des questions sur ces deux sujets car les renseignements contradictoires qu’elles reçoivent ici et là portent beaucoup à confusion.

     Dans l’article mentionné, qui est circulé actuellement dans les magasins d’aliments naturels, M. Pelland affirme ce qui suit : « Il n’existe pas de progestérone naturelle dans aucun produit sur le marché. La seule progestérone naturelle qui existe est celle produite par les glandes (ovaires, glandes surrénales) chez l’être humain. Toute progestérone en dehors du corps humain est fabriquée en laboratoire et on doit alors parler de progestérone artificielle ou de synthèse (synthétique). Certains produits américains, dont la vente libre est illégale au Canada, prétendent contenir de la progestérone naturelle parce qu’elle serait transformée par un procédé enzymatique «naturel» à partir d’igname sauvage (Dioscorea Villosa). Cette prétention est fausse, le produit est fabriqué en laboratoire, donc synthétique. »

     Tout d’abord, j’aimerais bien que M. Pelland donne un exemple (car je n’en connais aucun) d’un fabricant qui insiste sur le fait que le procédé de transformation de la diosgénine en progestérone est «naturel» pour mousser la vente de son produit. Il s’agit, bien sûr, d’un procédé de transformation assisté d’enzymes, mais il est futile de prétendre qu’il est «naturel» – cela n’a aucune espèce d’importance ou de pertinence – c’est le produit qui sort du laboratoire qui compte, et non comment on l’a transformé.

     Deuxièmement, il est évident que le terme « naturel » est controversé quand on parle d’hormones exogènes (venant de l’extérieur du corps). Bien sûr, on peut choisir de qualifier tout ce qui sort d’un laboratoire de « synthétique », car il est difficile de dissocier le terme «synthèse» de «synthétique», même si le produit qui en résulte est identique à ce qui existe dans la nature. Mais le Dr John Lee insiste sur le fait que les hormones bio-identiques produites en laboratoire peuvent être qualifiées de «naturelles» tout simplement parce que le corps humain lui-même les reconnaît comme telles. Il a été prouvé par maintes études (voir en particulier l’ouvrage de la Dre Katharina Dalton, M.D., en référence) que les hormones bio-identiques exogènes ont des effets en tout point similaires aux hormones produites par notre corps.

     Non seulement la progestérone, mais aussi les oestrogènes (voir ma dernière chronique à ce sujet), ainsi que les hormones mâles (testostérone, androsténédione, DHEA) et les corticostéroïdes (cortisol, cortisone) peuvent être obtenus en laboratoire par ce procédé de transformation de la diosgénine et d’autres substances qu’on trouve dans les plantes. Bref, de nos jours il est possible d’obtenir des copies conformes de toutes nos hormones stéroïdes, qui agissent dans notre corps exactement comme nos propres hormones. On peut les qualifier de «synthétiques» si l’on veut, mais l’important n’est pas le messager, mais le message qui est transmis à nos cellules.

      Par contre, il a été démontré d’abord par la Dre Dalton puis par d’autres chercheurs que les hormones non bio-identiques (par exemple le Provera et autres progestines) produisent toutes sortes d’effets secondaires car elles ne possèdent pas la même structure moléculaire et donc le message qu’elles apportent à nos cellules n’est pas le même.

La diogénine

À propos de la diosgénine M. Pelland écrit : « L’élément actif important dans cet extrait (d’igname sauvage) est la diosgénine, qui est un précurseur de la progestérone. Lorsque la diogénine pénètre dans le sang à travers la peau, elle stimule la production de progestérone par les glandes. C’est un processus naturel observé chez les populations se nourrissant abondamment de racines d’igname sauvage, en Amérique latine... »

     Il serait fort intéressant, si un tel processus nutritionnel a été documenté quelque part, que M. Pelland nous en donne la référence. Pour ma part, je n’ai jamais trouvé de telle mention dans mes recherches. Il est vrai que le Dr John Lee, dans son premier livre (intitulé Équilibre hormonal et progestérone naturelle) parle des habitants des îles Trobriand qui sembleraient dériver certains bienfaits de leur consommation d’igname. Cependant, comme le Dr Lee lui-même le souligne, il s’agit d’une anecdote tirée d’un reportage dans le National Geographics et non pas d’une étude scientifique. La bonne fortune (vigueur sexuelle, etc.) des habitants de ces îles est sans nul doute attribuable à une variété de facteurs en plus des ignames qu’ils consomment. Il faut aussi noter qu’il existe plus de 150 variétés d’ignames, dont plusieurs ne sont pas comestibles. Dans la famille des dioscoréacées, c’est la Dioscorea Villosa qui est la plus riche en diosgénine, mais malheureusement elle n’est absolument pas comestible (elle a un goût savonneux et amer). On ne s’en sert que pour fabriquer des suppléments à base de diosgénine ou des hormones en laboratoire. Par contre, les variétés d’ignames comestibles contiennent trop peu de diosgénine pour avoir un effet hormonal, chose que le Dr Lee lui-même confirme dans son livre le plus récent (voir références).

     On sait que la diosgénine prise en suppléments ne peut pas se transformer en progestérone dans le corps humain. Mais peut-elle stimuler la production de progestérone par les glandes? C’est fort possible, bien que cet effet va inévitablement varier d’une personne à l’autre. Cependant, il ne faut pas oublier que quantité d’autres plantes peuvent en faire autant (p. ex., la baie de gattilier), ainsi que l’homéopathie, le yoga, l’exercice, etc.

Progestérone légale ou pas?

     M. Pelland demande : « Pourquoi la vente libre de progestérone est-elle interdite au Canada? » Et répond : « Pour la même raison que la vente des autres hormones de synthèse, telles que la mélatonine et la DHEA, est contrôlée : on ne connaît pas les effets à long terme des hormones de synthèse sur le corps humain et on les soupçonne d’être un facteur cancérigène. »

     Je n’ai jamais vu d’étude qui démontrait que toutes les hormones produites en laboratoire constituent, par le fait même, un «facteur cancérigène». Dans le cas des oestrogènes, bien sûr que les études font état de risques de cancer puisqu’il s’agit d’hormones qui stimulent la multiplication cellulaire – qu’elles soient produites en laboratoire ou par le corps humain. (J’ai traité de ceci en détail dans ma dernière chronique.) Et qu’en est-il de la progestérone? Plusieurs études scientifiques menées au cours de la dernière décennie ont démontré très clairement que la progestérone bio-identique non seulement n’augmente pas les risques de cancers hormonodépendants, mais constitue une protection contre ces cancers en neutralisant les effets stimulants des oestrogènes. (J’enverrai la liste de ces études sur demande.) Par contre, la progestérone non bio-identique (ou « progestine ») n’offre pas la même protection et au moins une étude sur des animaux indique qu’elle pourrait contribuer au risque de cancer du sein. Pour ce qui est de la DHEA et de la mélatonine, absolument aucune étude n’a démontré que ces hormones pouvaient avoir un effet cancérigène, sans quoi on les retirerait du marché aux États-Unis.

     Finalement, pourquoi ces hormones non anabolisantes (non stimulantes) sont-elles en vente libre aux États-Unis et pas au Canada? C’est que, voyez-vous, au Canada elles sont classées comme médicaments d’ordonnance alors qu’aux É.-U. elles ne le sont pas. Cette classification au Canada ne serait pas un problème si cela ne rendait pas ces produits pratiquement inaccessibles. Il faudrait qu’une compagnie pharmaceutique dépense des millions pour le processus d’homologation, mais sans pouvoir obtenir un brevet d’exclusivité (on ne peut obtenir un brevet d’invention sur une molécule qui existe déjà dans la nature), ce qui signifie qu’elle ne pourrait récupérer son investissement.

Ceci laisse donc les consommateurs canadiens «dans les limbes». Étant donné que ces produits ne sont pas promus par une compagnie pharmaceutique, peu de médecins les connaissent et bien entendu ils hésitent à les prescrire. Par contre, les femmes qui ont la chance de connaître un médecin plus avant-gardiste peuvent obtenir une ordonnance pour des crèmes magistrales contenant des hormones stéroïdes telles que la progestérone, les oestrogènes (oestradiol, oestrone et oesriol) et même de la testostérone. Ces ordonnances doivent être présentées à des pharmacies bénéficiant des services d'un pharmacien préparateur, qui sont rares au Québec.

Ces produits sont-ils sécuritaires ?

Les études indiquent sans l’ombre d’un doute que la progestérone bio-identique est sécuritaire, et qui plus est, elle est utilisée aux É.-U. par des centaines de milliers de femmes depuis plus de vingt ans. Si des effets secondaires étaient portés à l’attention des autorités, il ne fait aucun doute que la FDA (l’agence américaine de contrôle des drogues) interviendrait. Au chapitre de la sécurité, j’aimerais que vous pensiez à ceci : que vous arriverait-il si vous consommiez le contenu d’un flacon d’aspirines d’un seul coup? Vous vous ramasseriez à l’urgence n’est-ce pas? Des milliers de décès et d’effets secondaires graves sont rapportés chaque année suite à l’utilisation de produits pharmaceutiques en vente libre. Mais cela n’empêche pas Santé Canada d’en permettre la vente même dans les dépanneurs – donc de toute évidence le gouvernement croit que le public est capable de lire les étiquettes pour savoir comment et pourquoi utiliser le produit.

Alors, pourquoi ne nous fait-on pas confiance de faire la même chose quand il s’agit de produits comme la crème à la progestérone, la DHEA et la mélatonine? Et pourquoi ne pas harmoniser nos politiques en matière de médicaments avec celles de nos voisins du Sud? Notons ici que ces politiques « distinctes » de Santé Canada ne nous ont pas nécessairement protégé par le passé. Souvenons-nous de la Thalidomide, ce médicament donné aux femmes enceintes qui a produit des bébés sans bras ni jambes : autorisé au Canada dans les années 60, ce médicament ne l’a jamais été aux É.-U. – ce qui veut dire que les Américains n’ont pas eu à subir cette catastrophe. Et il y a des cas plus récents, présentement devant les tribunaux, de négligence de Santé Canada à avertir les médecins lorsqu’il s’avère qu’un médicament déjà approuvé peut avoir des effets nocifs ou mortels. Souhaitons que la nouvelle ministre fédérale de la Santé ait le courage de s’attaquer à l’empire bureaucratique de son ministère et de modifier des politiques qui semblent davantage protéger les intérêts pharmaceutiques que la santé des consommateurs.

Références :

Tout savoir sur la préménopause par le Dr John R. Lee, M.D. Éditions Sully

Once a Month: Understanding and Treating PMS, par Katharina Dalton, M.D. Éditions Hunter House.

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