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DOSSIER HORMONES

Par Micheline O’Shaughnessy, B.A. Recherchiste spécialisée dans le dossier de l’hormonothérapie, publié dans L’Émeraude Plus de septembre-octobre 2002

 

Les oestrogènes pour prévenir l'ostéoporose : la science se prononce !

     Le présent article est le deuxième d’une série que je rédige sur l’ostéoporose. Avant de traiter des approches naturelles pour prévenir et traiter l’ostéoporose, je dois poursuivre la discussion sur l’hormonothérapie. Dans ma chronique précédente, j’ai mentionné une étude qui a fait sensation dans les milieux médicaux cet été. Il s’agissait de la première étude scientifique sur l’hormonothérapie conventionnelle à base de Premarin et Provera (Prempro). Cette étude a démontré que l’avantage qu’il pouvait y avoir à prendre ces hormones pour ralentir la perte de masse osseuse ne justifiait pas les risques que l'on faisait courir aux femmes. Lorsque les résultats de cette étude, intitulée Women’s Health Initiative et menée sous l’égide de la National Institutes of Health (NIH), ont été publiés dans le prestigieux Journal of the American Medical Association (JAMA) en juillet dernier, un éditorial par un comité d’experts conseillait aux médecins de ne plus prescrire l’hormonothérapie (oestrogène/ progestatif) aux femmes pour la prévention des maladies chroniques. Pour ces experts, il s’agissait avant tout d’une question d’éthique médicale, face à l’acceptabilité de donner à des femmes en santé des médicaments qui peuvent leur faire courir le risque de mourir de maladies qu’elles n’auraient peut-être pas eues autrement. Comme le concluait cet éditorial, le principe hippocratique « Primum non nocere » (D’abord ne faire aucun tort) s’applique particulièrement aux thérapies axées sur la prévention.

      Étant donné l’importance de cette étude, elle a fait les manchettes des journaux partout au monde. Le verdict était clair: les hormones prescrites au femmes depuis plus de quarante ans les rendaient malades et ne donnaient pas les résultats escomptés au niveau de la prévention. Je me suis alors demandée comment réagiraient les compagnies pharmaceutiques qui risquaient de perdre des milliards. Après tout, le Premarin à lui seul rapporte deux milliards par année à son fabricant ! Quel serait leur argument devant cette preuve incontournable que l’hormonothérapie augmente de 26 % les risques de cancer du sein, de 41 % les risques d’accidents cérébrovasculaires et de thromboses, et de 29 % les risques de crises cardiaques ?

     Mais il fallait s’y attendre – les compagnies pharmaceutiques (et bien des médecins) ont plutôt insisté sur le fait qu’en nombres absolus, cela ne se traduit que par un très petit nombre de femmes qui seront affectées : après tout, seulement 8 femmes de plus sur 10 000 auront un cancer du sein, sept de plus une crise cardiaque, huit de plus un ACV et 8 de plus une thrombose. 

     Bien oui, ça semble vraiment minime comme risque, comme ne manquait pas de le faire remarquer la Dre Michèle Moreau, M.D., de l’hôpital Notre-Dame de Montréal dans une entrevue télévisée à TVA (Hop La Vie) peu de temps après. De plus, elle a insisté sur le fait qu’étant donné que les participantes à l’étude étaient âgées de 50 à 79 ans, certaines étaient donc trop âgées pour entreprendre une hormonothérapie, car pour elles, le risque était plus grand et il y avait peu de chance d'en retirer des bienfaits. En ceci, la Dre Moreau avait entièrement raison. Cependant, étant donné que bien des médecins insistent auprès des femmes de 70 ans et plus pour qu’elles commencent à prendre des hormones « pour leurs os », cette partie de l’étude reflétait bel et bien ce qui se passe en réalité. Donc l’étude en question, qui voulait regarder les effets de l’hormonothérapie pour tous les groupes d’âge, a inclus ces femmes. Par contre, il n’est pas exact de dire que c’étaient les femmes plus âgées qui ont été principalement affectées par les effets négatifs, car au lieu d’aviser toutes les participantes de cesser de prendre des hormones, les experts médicaux en charge de l’étude auraient pu simplement exclure ce groupe d’âge et poursuivi l’expérience avec les femmes plus jeunes.

Le score final : l’hormonothérapie est perdante

     Faisons maintenant quelques calculs pour avoir une idée de ce que les pourcentages cités plus haut pourraient signifier pour les femmes du Québec. Supposons, par exemple, que 250 000 femmes prennent des hormones (un nombre réaliste), cela voudrait dire que 200 femmes de plus par année auraient un cancer du sein envahissant (virulent), 175 de plus auraient une crise cardiaque, 200 de plus feraient un ACV, et 200 de plus une thrombose. Du côté positif, 125 femmes de moins souffriraient d’une fracture de la hanche à un âge avancé, et 150 de moins d’un cancer colorectal. Au total, 775 femmes auraient des effets négatifs qui pourraient mener à un décès prématuré, contre 125 qui auraient évité une fracture de la hanche dans leur vieil âge et 150 qui seraient épargnées du cancer du côlon. Le score est donc 775 contre 275, ou presque 3 à 1 pour le côté négatif! De plus, comme l’expliquait le Dr Paul Lépine (voir références) lors d’une conférence qu’il donnait à l’Expo Manger-Santé du printemps 2002, quand il s’agit de prévenir l’ostéoporose – sur toutes les femmes qui prennent des hormones, les statistiques montrent qu’il y en a environ 85 % qui les prennent pour rien, soit parce qu’elles n’auraient pas fait d’ostéoporose de toute façon ou qu’elles en ont fait même si elles ont pris des hormones. Bien sûr, certaines auront eu d’autres bienfaits (comme la réduction des chaleurs ou de la sécheresse vaginale), mais toutes se seront exposées à des effets secondaires qui peuvent affecter leur qualité de vie (rétention d’eau, seins sensibles, maux de tête, mal de jambe, problèmes de foie et de vésicule biliaire, etc.).

Le principal problème : les hormones non bio-identiques utilisées dans l'étude WHI

Dans plusieurs de mes chroniques j'explique pourquoi le Premarin et le Provera, ces hormones non bio-identiques qu'on utilise couramment dans les thérapies de remplacement hormonal, font partie du problème plutôt que de la solution pour aider les femmes à traverser la ménopause et à maintenir une santé optimale à la postménopause. Si l'étude WHI avait été basée sur l'usage d'hormones bio-identiques qui, depuis une décennie, sont approuvées par les autorités de la santé au Canada, aux États-Unis et en Europe, les résultats auraient été dramatiquement différents. Il ne fait aucun doute que les hormones stéroïdes comme l'oestrogène, la progestérone et la testostérone sont indispensables au maintien d'une santé optimale chez les femmes de tout âge.  La nature nous a pourvu d'un système de rechange pour la production des hormones stéroïdes lorsque les ovaires "ferment boutique" à la ménopause. Mais à cause de notre style de vie trépidant, nous avons beaucoup plus de difficulté à maintenir un niveau optimal d'hormones de nos jours car ce système de rechange s'appuie sur le bon fonctionnement des glandes surrénales, qui sont très affectées par le stress que nous vivons au quotidien. Les chroniques suivantes élaborent sur ce sujet :

Le stress, le cortisol et l'ostéoporose

L'hormonothérapie plus efficace et sécuritaire, c'est possible

     

Références :

La ménopause : une approche intégrée, par Paul Lépine et Danielle Ruelens. Les Éditions Québécor.

Journal of the American Medical Association, Vol. 288, No. 3, le 17 juillet 2002

Sur internet : http://jama.ama-assn.org/issues/v288n3/ ffull /jed20042.html

 

NOTA : Le 25 septembre 2002 la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, sur les recommandations d’un comité de 50 experts médicaux de diverses spécialités, a publié la directive qui suit à ses membres :

« Il n’est pas recommandé de suivre une HTS (hormonothérapie de substitution) combinée et continue si l’on cherche uniquement à prévenir les maladies du cœur. La HTS combinée et continue n’est plus davantage recommandée comme traitement principal contre l’ostéoporose, contre le cancer colorectal ou la maladie d’Alzheimer. »

Par hormonothérapie combinée et continue la SOGC entend une combinaison d’oestrogène et de progestines (par ex. Premarin-Provera) prescrite pendant plus de cinq ans.

À noter qu’en avertissant les médecins de ne plus se fier à la HTS comme traitement principal contre l’ostéoporose, la SOGC incite les médecins à recourir à une approche plus globale dans la prévention et le traitement de cette maladie. Il ne faut donc plus qu’ils insistent uniquement sur la prise d’hormones comme ils ont eu tendance à le faire par le passé car cette approche s’est révélée très peu efficace pour éviter une éventuelle fracture de la hanche.

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