Renseignements généraux  |  Chroniques  |  Conférences  | 

Matériel éducatif  |  Contacts

 

Visitez également notre nouveau site web, www.santedesfemmes.com

 


DOSSIER HORMONES

Par Micheline O’Shaughnessy, B.A. Recherchiste spécialisée dans le dossier de l’hormonothérapie. Publié dans L’Émeraude Plus de juin-juillet 2003

 

Des mythes sur les hormones qui ont la vie dure

     Il y a maintenant cinq ans que je rédige cette chronique sur les hormones dans la revue l’Émeraude. Mon but n’est pas de faire de la vente mais de donner des renseignements utiles aux personnes qui veulent mieux comprendre comment fonctionne leur système hormonal et que faire lorsqu’elles ont des problèmes tels que le syndrome prémenstruel et les symptômes de la ménopause. Il y a plus de trente ans que je fais de la recherche documentaire dans le domaine médical. Ce fut d’abord dans le cadre de mon travail au Centre de recherches pour le développement international (CRDI) à Ottawa dans les années 1970, puis à Santé Canada dans les années 1980. À partir de 1988, je me suis intéressée à la question de l’hormonothérapie ce qui m’a menée vers les ouvrages de plusieurs sommités médicales, dont le Dr John R. Lee, un médecin américain préconisant une approche équilibrée à l’hormonothérapie à l’aide d’hormones bio-identiques. En plus de connaître à fond ses écrits, j’ai rencontré le Dr Lee à quelques occasions – la dernière étant l’été dernier pour une semaine d’étude avec lui et le Dr David Zava, un scientifique dont j’ai parlé dans ma dernière chronique.

     La raison pour laquelle je fais ce préambule est pour vous dire que lorsque je cite les propos du Dr Lee, je le fais en connaissance de cause et en respectant l’esprit de ses enseignements. De plus, je donne toujours dans mes articles les références à ses ouvrages – qui est le moins que l’on puisse faire lorsque l’on cite un auteur. Malheureusement cette pratique essentielle à l’éthique dans le monde de la recherche et du journalisme n’est pas toujours respectée par les auteurs d’articles qu’on trouve dans bien des revues québécoises sur la santé. Un exemple est l’article publié par Michèle Bernal dans le numéro précédent de l’Émeraude Plus, sous le titre « Ménopause : les solutions naturelles existent ». Cet article est typique de plusieurs autres qu’on voit dans les revues santé pour mousser la vente de produits d’igname sauvage du Mexique (ou Dioscoréa villosa) au Québec. Pour ce faire, on parle des vertus de la DHEA ou de la progestérone, puis on laisse entendre que l’igname sauvage possède toutes les vertus de ces hormones car notre corps pourrait, semble-t-il, transformer cette plante en hormone.

     Il s’agit là d’un mythe qui a la vie très dure au Québec où il y a encore bien des naturopathes ou conseillers dans les magasins d’aliments naturels qui prétendent que l’igname sauvage est « la même chose » que la progestérone ou la DHEA. Par contre, le Québec n’a pas le monopole de ce mythe car on le retrouve bien vivant dans certains ouvrages d’origine française qui se vendent au Québec, par exemple « La Bible anti-âge » et autres par D. Rueff et M. Nahon. Et, bien sûr, on le retrouve aussi sur l’internet car il y a plein de sites qui moussent la vente de l’igname sauvage comme « équivalent » de la progestérone ou de la DHEA. Il est évident qu’il y a beaucoup d’argent à faire en faisant passer l’igname sauvage pour des hormones comme la DHEA ou la progestérone. Pour ma part, je crois que Santé Canada devrait contrôler l’appellation de certains produits fabriqués au Canada qui entretiennent cette confusion chez les consommateurs (par exemple « Pro-DHEA»).

     Pour revenir à l’article de Michèle Bernal, voici ce qu’elle dit sur le Dr Lee, qui m’a totalement horripilée : « Pendant plus de vingt ans, un médecin américain, le Docteur Lee, a étudié les propriétés de l’hormone naturelle qu’est la diosgénine, ce qui lui a permis d’atténuer sensiblement chez ses patientes les troubles de la ménopause et d’enregistrer des succès notables dans le traitement de l’ostéoporose... ». Elle enchaîne en expliquant que la diosgénine « a pour effet d’agir comme la progestérone en équilibrant le métabolisme hormonal dans le corps de la femme. » Bien que Mme Bernal ne cite pas directement le Dr Lee, ce qu’elle dit à son sujet ne respecte pas du tout la pensée et les enseignements de ce dernier. Tout d’abord c’est un non sens que de parler de la diosgénine, qui est l’ingrédient actif dans l’igname sauvage, comme d’une « hormone naturelle ». Voici deux faits très clairs à retenir au sujet des hormones : Premièrement, les plantes ne produisent pas d’hormones humaines, en d’autres mots, la diosgénine n’est pas une « hormone naturelle » ; deuxièmement, le corps humain produit des hormones à partir d’une seule substance : le cholestérol. Les substances végétales que nous consommons ou que nous appliquons sur le corps ne servent pas à produire des hormones humaines.

     Voici que dit le Dr Lee à ce sujet, qu’on trouve dans son ouvrage « Tout savoir sur la préménopause » (voir références) : « Bien que nous puissions synthétiser des hormones stéroïdiennes humaines naturelles (c.-à-d. bio-identiques) à partir de la diosgénine en laboratoire, il n’existe aucune voie biochimique dans l’organisme, techniquement parlant, pour décomposer la diosgénine en progestérone, en DHEA, en oestrogènes, en testostérone ou en cortisone. Les études sur l’activité de la diosgénine dans l’organisme humain n’ont jamais démontré un quelconque effet d’accroissement des taux hormonaux... ».

     Mais le mythe au sujet de la diosgénine veut également qu’il s’agisse d’une substance « progesterone-like », c’est-à-dire qu’elle puisse avoir la même action que cette hormone. Voici ce qu’en dit le Dr Lee dans son bulletin médical (voir références) : « On n’a jusqu’à ce jour identifié aucune herbe qui agisse comme un progestogène. Il y a cependant des plantes qui semblent pouvoir se lier aux récepteurs de progestérone, dont l’origan, la verveine, le curcumin, le thym, le trèfle rouge, la damiana, la sanguinaire, la menthe pouliote et la muscade. Cependant, le fait que ces plantes peuvent se lier aux récepteurs de progestérone ne veut pas dire qu’un effet de progestérone est créé. D’ailleurs, comme c’est le cas avec les substances végétales qui se lient aux récepteurs d’oestrogène (c.-à-d. les phytoestrogènes), leur effet peut être agoniste (stimule une réponse des récepteurs), neutre (sans aucun effet), ou antagoniste (bloque la réponse des récepteurs). »

     Alors que l’on connaît bien l’effet « agoniste », donc oestrogénique, des plantes contenant des phytoestrogènes sous la forme d’isoflavones, le Dr Lee affirme qu’aucune plante n’a fait ses preuves comme agoniste de la progestérone. Il me fera plaisir de vous faire parvenir une copie de ce bulletin du Dr Lee si vous en faites la demande. À noter qu’il est publié en anglais.

Références :

Tout savoir sur la préménopause, par John R. Lee, M.D. et Jesse Hanley, M.D., Éditions Sully

The John R. Lee Medical Letter, numéro de septembre 2000.

À noter...

     Il y a beaucoup de confusion au sujet de Menoderm, une crème soi-disant à la progestérone préparée et vendue par un pharmacien de Ste-Foy. Malgré le fait que cette crème se vend sans ordonnance, ce pharmacien soutient qu’elle contient de la progestérone. J’ai toujours entretenu des doutes à ce sujet car tout pharmacien qui vendrait sans ordonnance des médicaments qui en exigent une s’exposerait à des sanctions de la part de son association professionnelle et des autorités.

     Mes doutes ont été confirmés lorsqu’une dame de Québec m’a appelée pour m’informer qu’elle avait demandé à son médecin de lui prescrire Menoderm. Son médecin a acquiescé et la dame a présenté son ordonnance à cette pharmacie pour acheter le produit. Voyant qu’elle n’obtenait pas les résultats espérés, elle m’a appelée. Alors, je lui ai demandé de me lire ce qui était écrit sur la documentation qui accompagne toujours les produits dispensés sous ordonnance. La dame me répond qu’elle n’a pas reçu ces renseignements. Je lui suggère alors d’appeler le pharmacien pour les obtenir. Étant donné que Menoderm avait été prescrite, il était dans l’obligation de les divulguer. Il a donc dû informer la dame que cette crème, qu’il prépare lui-même, contenait de l’igname sauvage (diosgénine) ET NON de la progestérone.

     Je trouve ce genre de situation très regrettable car lorsque les femmes utilisent une crème qu’elles croient être de la progestérone et qu’elles n’obtiennent pas de résultats, elles se découragent et ne savent plus que faire pour résoudre leurs problèmes de déséquilibre hormonal. Pour certaines, la progestérone peut être une véritable « planche de salut » pour venir à bout de problèmes de santé persistants qui affectent beaucoup leur qualité de vie, et même parfois leur espérance de vie !

Pour plus de renseignements contactez-nous au 1-800-486-0535

Courriel : info@santedesfemmes.com

Retour à la liste des chroniques