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Entrevue avec David Zava, Ph.D., intitulée "Don’t Go Overboard With the Soy Foods"

Publiée dans le Bulletin médical du Dr John R. Lee, numéro de mai 1998.

Allez-y doucement avec le soja

David Zava, Ph.D., est un biochimiste et un chercheur d’expérience dans le domaine du cancer du sein. Il a passé des décennies à examiner des tissus mammaires sous le microscope. Il a mis au point le test salivaire utilisé au laboratoire Aeron Life Cycles et il est maintenant le fondateur et président de ZRT Laboratory à Portland, en Orégon. Au cours des dernières années, il a contribué grandement aux connaissances actuelles sur la progestérone, l’estrogène et le cancer du sein. La présente entrevue porte sur les dangers de consommer trop de soja, qui est pourtant présenté comme un véritable aliment miracle pour les problèmes hormonaux et les symptômes de la ménopause. Cette entrevue a été réalisée par le Dr John R. Lee (JRL).

JRL : Dr. Zava, pourquoi prévenez-vous les femmes contre la consommation de trop de soja alors que tout ce que nous lisons et entendons les encourage à manger le plus de soja possible pour faire diminuer les symptômes de la ménopause ou pour prévenir le cancer du sein ?

DZ : Les gens se tirent bien d’affaire avec une consommation moyenne de soja, ajouté de temps à autre à une alimentation variée, mais considérant la façon dont on s’est mis à le consommer en Amérique du Nord, nous aurons bientôt des problèmes. J’ai examiné de près les études sur le soja, et ce que j’ai découvert est qu’il y a un grand nombre de toxines (antinutriments) dans le soja non fermenté. Il s’agit d’ingrédients phytochimiques que les fèves de soja produisent naturellement et que, si on ne les élimine pas par le trempage, la cuisson lente et la fermentation, causeront éventuellement des problèmes de santé graves si on en consomme trop. S’appuyant sur des milliers d’années d’expérience, les Asiatiques ont appris à éliminer les toxines des fèves de soja et ainsi à jouir des bienfaits des nombreux nutriments qui s’y trouvent.

JRL : Que pensez-vous de l’usage des aliments à base de soja pour traiter les symptômes de la ménopause ?

DZ : Les aliments à base de soja peuvent être une composante importante d’un régime alimentaire équilibré, mais ils ne constituent pas la solution en eux-mêmes. Même en consommant de grandes quantités d’isolats de soja riches en isoflavones, bien des femmes ne verront qu’une légère atténuation des symptômes de la ménopause. Une étude récemment menée à l’École de médecine Bowman-Gray a testé la capacité des isolats de protéine de soja pour soulager les symptômes de la ménopause. Du côté positif, cette étude a démontré que l’intensité des chaleurs avait diminué ; cependant, il n’y avait aucune différence statistique dans le nombre de chaleurs que les femmes avaient.

Avec la progestérone et les oestrogènes bio-identiques, les femmes ont souvent un soulagement complet de leurs symptômes. Étant donné que ces hormones naturelles sont sécuritaires et efficaces lorsqu’on les utilise de façon appropriée, je crois que c’est une erreur que de mousser la consommation de soja comme aliment miracle. Ceci pourrait sérieusement compromettre la santé et la qualité de vie de millions de femmes.

JRL : Quels effets ont sur notre organisme les anti-nutriments qu’il y a dans le soja ?

DZ : Il y a cinq types d’ingrédients phytochimiques dans les fèves de soja qui peuvent être toxiques aux humains. Ce sont : les allergènes, les phytates, les inhibiteurs de protéase, la génistéine et les éléments goitrogènes. Les allergènes peuvent causer des réactions allergiques très prononcées chez certaines personnes. Ceci peut constituer un problème pour environ 10 à 20 pour cent de la population dans le monde occidental.

Les phytates peuvent être un problème car ils se lient fortement aux minéraux essentiels, particulièrement le zinc, ce qui prévient leur assimilation dans le corps. Le zinc est requis dans plus de 50 réactions assistées d’enzymes dans le métabolisme corporel, notamment celles qui sont nécessaires au fonctionnement du cerveau. Certaines études ont démontré que la consommation excessive des phytates par les enfants peut entraver leur croissance normale à cause de la capacité de ces substances de lier le zinc. Cependant, les phytates sont moins problématiques si le régime alimentaire comprend des protéines animales. C’est pourquoi les phytates peuvent affecter davantage les végétaliens (régime excluant tout produit animal).

JRL : Si une femme a une dominance en oestrogène ou si elle prend la pilule contraceptive, vous avez déjà un problème causé par des niveaux élevés en cuivre et faibles en zinc. Consommer beaucoup de soja ne pourrait donc qu’empirer les choses. La Dre Ellen Grant qui mène des recherches sur les hormones en Angleterre, croit que c’est ce déséquilibre des minéraux qui cause les sautes d’humeur et l’irritabilité chez les femmes qui souffrent du syndrome prémenstruel ou qui traversent la ménopause.

DZ : C’est exact. Mais encore une fois, si vous consommez des protéines animales en même temps que des légumineuses, les phytates dans ces dernières sont moins problématiques.

Le troisième antinutriment dans le soja est un élément phytochimique qui entrave l’action de l’enzyme qui convertit les protéines en acides aminés. Ce sont des inhibiteurs de trypsine. Leur action peut rendre la digestion des protéines très difficile et causer l’hypertrophie du pancréas.

JRL : Dr Zava, parlez-nous des autres antinutriments dans le soja.

DZ : La génistéine vient ensuite sur la liste des antinutriments. Lorsque j’ai commencé à étudier les propriétés anticancer du soja, je croyais que la génistéine constituait la réponse. Ma première publication reflétait mes sentiments à cet égard. Mais en allant plus en profondeur dans la littérature scientifique, je suis devenu de moins en moins convaincu que la génistéine est aussi bénéfique qu’on le croit. Sa structure se rapproche de celle de l’oestradiol et c’est pourquoi elle peut stimuler les récepteurs d’oestrogène tout comme le fait l’oestradiol. Cependant, elle a plusieurs autres rôles dans le corps humain. Elle inhibe un certain nombre d’enzymes, dont certains effectuent la synthèse des oestrogène, y compris ceux qui convertissent les androgènes à l’oestrone dans la graisse corporelle (aromatase) et l’oestrone en oestradiol (17-HSD).

La génistéine est également une substance qui inhibe fortement les tyrosines kinases, enzymes qui transfèrent les molécules de phosphate dans les cellules afin de déclencher certains processus comme la prolifération cellulaire. Les cellules cancéreuses ont tendance à exagérer l’action des tyrosines kinases, de sorte que la génistéine s’est avérée utile pour bloquer la prolifération des cellules cancéreuses. Cependant, cette action peut constituer une arme à deux tranchants car les cellules normales ont également d’une certaine activité des tyrosines kinases, en particulier les follicules des cheveux et les neurones de la mémoire.

Des niveaux élevés de génistéine peuvent également bloquer le transport du glucose dans les cellules en inhibant l’enzyme appelée GLUT-1. Cette enzyme est un transporteur majeur situé à l’extérieur des cellules du cerveau, des globules rouges et à d’autres endroits dans le corps pour transporter le glucose dans les cellules. Étant donné que le cerveau est très dépendant du glucose comme source d’énergie, je m’inquiéterais de ce que trop de génistéine sur une longue période de temps soit toxique pour le cerveau.

Je ne crois pas que le soja que consomment les Asiatiques depuis des millénaires soit un problème par rapport à la fonction cérébrale. De fait, il pourrait avoir une action bénéfique. Ce qui me préoccupe, cependant, c’est que nous n’avons simplement pas d’information sur les effets que pourrait avoir sur le cerveau la consommation de la quantité excessive de génistéine qu’on peut trouver dans les produits de soja transformés et concentrés, sous forme de poudre ou de comprimés. On sait toutefois que des niveaux très élevés de génistéine inhibent au moins trois des voies métaboliques nécessaires au maintien d’une fonction cérébrale normale.

Le cinquième antinutriment dans le soja est une substance goitrogène. Il s’agit d’un élément qui se lie à l’iode et en prévient l’assimilation par le corps au moment de la digestion. L’iode est indispensable à la fabrication des hormones de la thyroïde. Si la thyroïde fonctionne au ralenti, le cerveau ne peut ni se développer ni fonctionner normalement. Les enfants ne devraient donc pas consommer de grandes quantités de soja non fermenté. On croit même que l’usage de formules maternisées de lait de soja pour les bébés pourraient avoir des effets à long terme sur leur développement mental et sexuel. Pour les adultes, les personnes qui ont eu des problèmes d’hypothyroïdie savent quel impact cette condition peut avoir sur le fonctionnement du cerveau.

JRL : Comment alors devons-nous évaluer les effets protecteurs de la génistéine, dont nous entendons tant parler dans les médias populaires, par rapport à ses inconvénients ?

DZ : Il est surprenant de constater qu’il y a, de fait, très peu d’évidence dans la littérature provenant soit des études épidémiologiques ou des études sur les animaux qui prouvent que le soja protège du cancer du sein. Bien des gens ont fait des suppositions que la génistéine, présente en grande quantité dans le soja, agit comme le tamoxifène et protège contre le cancer du sein.

Ce que j’ai constaté dans ma recherche est que la génistéine possède une action pro-oestrogénique, et non pas anti-oestrogénique comme le tamoxifène. L’idée répandue dans les médias que la génistéine, en concentrations telles qu’on trouve dans les aliments, puisse inhiber la croissance des cellules cancéreuses est tout simplement erronée et n’a aucune base scientifique. Plusieurs résumés analytiques présentés à la deuxième conférence mondiale sur le soja tenue à Bruxelles (Belgique), a rapporté que les isolats de soja augmentent la prolifération des cellules mammaires normales chez les humains en santé. C’est entièrement en accord avec ce que j’ai constaté dans les études in vitro que j’ai menées en laboratoire en exposant des cellules mammaires à des niveaux de génistéine communément vus chez les personnes qui consomment beaucoup de soja. D’autres chercheurs ont fait les mêmes constatations, c’est-à-dire que la génistéine agit comme pro-oestrogène dans les cellules des seins.

Étant donné le manque de preuves que le soja protège contre le cancer du sein, je trouve incroyable que l’on insiste tant sur ses propriétés préventives contre ce cancer.

JRL : Donc, il s’agit d’un aliment qui peut avoir des effets bienfaisants s’il est consommé en modération et constituer un poison en excès. Quels conseils donneriez-vous aux hommes et aux femmes sur la consommation du soja ?

DZ : Si vous n’êtes pas allergique au soja, consommez-le principalement sous forme fermentée comme le tempeh et le miso. Sous cette forme, le contenu en antinutriments est à un minimum. Si vous consommez du soja par exemple sous forme de tofu, de lait de soja ou de poudres, assurez-vous en même temps d’un apport en végétaux de la mer riches en minéraux, tels que le kombu et le nori, ainsi qu’en protéines animales, préférablement le poisson, afin d’en contrebalancer le contenu élevé en antinutriments tels que les phytates et les inhibiteurs d’enzymes digestives.

JRL : Merci, Dr Zava. Voilà de ces renseignements très importants que toutes les femmes devraient avoir.

Pour en savoir plus sur le Dr Zava, consulter le site www.zrtlab.com (en anglais)

Pour plus d'information: 1-800-486-0535, info@santedesfemmes.com